7. L’IRCAM AFFIRME SON ATTRACTIVITÉ

L’Ircam affirme sans cesse le déploiement de son attractivité par une vision et des pratiques utilisant de nouvelles connaissances, en expérimentant et en réalisant des prototypes ; en s’exposant dans l’espace public lors de rendez-vous artistiques et scientifiques ; mais aussi en s’engageant pour la création émergente et les nouveaux métiers du numérique ; en pérennisant et en diffusant le répertoire musical contemporain sur un territoire élargi ; en transmettant les techniques et les œuvres aux professionnels et à de nouveaux publics.

 

#LE RAYONNEMENT DE LA RECHERCHE ET DE L’INNOVATION

Par ses activités pluridisciplinaires de recherche, de création et de transmission, l’Ircam mobilise des communautés de publics complémentaires.

Forum Ircam hors les murs, les ateliers du Forum à Taïwan du 14 au 16 décembre

Après la Corée du Sud (Séoul, 2014) et l’Argentine (São Paulo, 2015), les ateliers du Forum ont voyagé à Taïwan, du 14 au 16 décembre, à l’invitation de la Kainan University, en association avec le WocMat (International Workshop on Computer Music and Audio Technology). Plus de 150 participants, issus d’universités et de centres de recherche et création d’Asie du Sud-Est, d’Australie, du Japon et des États-Unis, ont répondu à l’appel à contribution diffusé par l’Ircam afin de partager savoir-faire et expérience autour des thèmes de recherche sélectionnés pour cette occasion : acoustique des salles, traitement du son, composition assistée par ordinateur ainsi qu’orchestration et temps réel. Des rendez-vous professionnels avec les industries créatives et culturelles de Taïwan se sont tenus durant ces trois journées. Le Forum hors les murs, soutenu par l’Institut français depuis l’édition en 2014 en Corée, affirme sa dimension collaborative durable. 
Pour plus d’informations, consulter le site Forum Ircam Workshop Hors les murs 2016 Taiwan.

« Archétypes émotionnels : musique et neurosciences » colloque international les 8 - 9 juin 

Le colloque international « Archétypes émotionnels : musique et neurosciences », organisé à l'Ircam les 8 et 9 juin derniers par le projet de recherche européen European Research Council (ERC) et Cracking the emotional code of music (CREAM) (Ircam/Cnrs/Upmc), a réuni plus de 150 scientifiques, artistes et grand public, autour d'un programme interdisciplinaire interrogeant la place des émotions dans les neurosciences et la création musicale contemporaine. Côté scientifique, la conférence plénière du professeur Aniruddh Patel (Université Tufts à Boston, États-Unis), spécialiste renommé des neurosciences de la musique rarement présent en France, a fait salle comble. Côté artistique, la table ronde de clôture, réunissant les compositeurs Hyun-Hwa Cho (Corée), Thierry De Mey (Belgique) et, l'également très rare, Salvatore Sciarrino (Italie), a aussi été très suivie. Le programme s'est clôt par une soirée « Science et musique » au Collège de France, avec un programme musical mêlant Monteverdi, Sciarrino et Leroux.

Salvatore Sciarrino
Addio Case Del Vento

© RaiTrade / Photo : Luca Carrà

Philippe Leroux
Quid sit musicus

Photo : © H. Raguet 

Nouvelles créations start-up, issues de la recherche

Après la fondation récente des sociétés Voxler, Mogees, Niland, Phonotonic et Syos par des anciens de l’Ircam et de son laboratoire sciences et technologies de la musique et du son (Stms), les chercheurs de l’Ircam ont créé cette année deux sociétés, directement issues des plus récents résultats de recherche. La première travaille sur le suivi automatique d’interprétations musicales en se synchronisant au soliste et en adaptant l’accompagnement en fonction de son jeu, tout en s’appuyant sur le logiciel « Antescofo », créé par l’Ircam. La seconde étend les capacités d’instruments acoustiques en permettant, par des techniques de contrôle actif, de modifier leurs caractéristiques acoustiques et de leur adjoindre des sonorités électroniques diffusées par le corps de l’instrument lui-même.

Le programme Bee Music consacré à l’indexation musicale finalisé

Le projet de recherche et de développement Bee Music, soutenu par le Fonds national pour la Société Numérique (FSN) du programme d’Investissements d’avenir, visait à constituer une base de données de référence du marché français de la musique enregistrée, à partir de la base BIPP (base de données interprofessionnelle des producteurs phonographiques), qui regroupe plusieurs millions de titres. Le syndicat national de l’édition phonographique, détenteur de cette base, en a confié la gestion au groupe Kantar Media en 2008. L’enjeu du projet Bee Music, coordonné par Kantar Media, était, notamment par l’application de résultats avancés de recherches issues de l’Ircam sur l’analyse automatisée des contenus musicaux, d’apporter une structuration uniforme de cette base issue de sources multiples et hétérogènes, en vue de sa commercialisation. Les principaux résultats du projet ont été présentés à l’Ircam, le 30 mars, lors d’un événement public qui a réuni des professionnels du secteur (Sony Music, Warner Music, Deezer, Radio France, Cap Digital, Kantar Media, Ircam).

 

#UN LABORATOIRE DE PRODUCTION POUR LE SPECTACLE VIVANT

Diversifier les collaborations avec le Centre Pompidou 

« Un art pauvre » 8 juin - 29 août 2016
Manifeste 2016 sur la thématique de l’art pauvre

Avec le Centre Pompidou, l’Ircam s’est engagé cette année dans un rapprochement original entre les programmations. Ainsi, le festival ManiFeste a croisé pour la première fois les arts visuels, en regard de l’exposition « Un art pauvre » au Centre Pompidou.

Développée en synergie avec les différents départements du Centre Pompidou, cette manifestation pluridisciplinaire s’est appuyée sur les collections du musée national d’art moderne. L’Ircam a ainsi donné une dimension musicale et scénique en interrogeant la signification du « pauvre », aujourd’hui, dans l’art et dans l’innovation. Du pionnier Harry Partch, inventeur d’une lutherie remarquable, ancêtre américain des makers, à Thierry De Mey qui met en scène « la beauté du geste », de l’art par soustraction du chorégraphe Xavier Le Roy à la réduction du matériau sonore chez Salvatore Sciarrino, Gérard Pesson et Beat Furrer, ManiFeste a revisité toute une histoire du contemporain autour du « pauvre », qui fascine aujourd’hui une nouvelle génération de compositeurs adeptes par ailleurs du low-tech dans un institut high-tech. 

Gerard Pesson
Cantate égale pays

Photo : © Bertrand Prévost 

L’expérience sera renouvelée en 2017 autour du thème « Musique et arts visuels » dans le cadre d’une nouvelle séquence d’expositions dossiers, intitulée « l’œil écoute » et présentée dans le parcours du musée, au niveau 5 du Centre Pompidou.

L’émergence des instruments augmentés 

En février, lors du salon professionnel Musicora de la Villette, l’acousticien Adrien Mamou-Mani, chercheur à l’Ircam, présentait le nouvel instrumentarium de SmartInstruments développé dans son laboratoire. Prolongement de la recherche en lutherie augmentée, les SmartInstruments s’intéressent à « l’objet instrument » en adaptant celui-ci à partir de capteurs et de vibreurs rendant les propriétés acoustiques de l’instrument modifiables en temps réel et en permettant la diffusion des sons sans amplification ni haut-parleur extérieur.

Ces prototypes (guitare, violon, violoncelle, piano, harpe, cuivres) ont ensuite été mis à l’honneur lors de l’édition du festival ManiFeste :

  • Le 4 juin à la Maison de la Radio, avec la création de Répliques, de Yan Maresz, pour harpe augmentée et orchestre ;
  • Le 24 juin à la Philharmonie de Paris, avec Hauteurs de Tomas Bordalejo, créée dans le cadre de sa résidence de recherche et création à l’Ircam (commande du Collegium Musicæ) ;
  • Le 27 juin, au Théâtre des Bouffes du nord, où le quatuor Zaïde a interprété une création du compositeur italien Marco Momi pour quatuor à cordes et piano augmenté.

« Quand la guitare [s’]électrise », colloque des 23 et 24 juin

« Instrument de désir » et symbole de modernité dans les années cinquante, la guitare, reine du blues et du rock’n’roll, a bousculé les modes de vie et de pensées. Électrique, elle intéresse aujourd’hui fabricants, instrumentistes, collectionneurs, chercheurs, compositeurs, interprètes, qui enrichissent la connaissance de cet instrument et de son répertoire riche et complexe. La première journée a été consacrée à la facture instrumentale (modélisation, amplification…) et ses perspectives futures. La seconde s’est attachée aux répertoires suscités par cet instrument éclectique, évoquant certains de ses usages stratégiques dans l’histoire ou dans certains milieux sociologiques. Une création du compositeur Tomas Bordalejo pour guitare SmartInstrument, commande du Collegium Musicæ dans le cadre de la résidence de recherche et création à l’Ircam, a clôturé ces deux journées.

Le colloque « Quand la guitare [s’]électrise », organisé et soutenu par le Musée de la musique (Cité de la musique - Philharmonie de Paris), le Collegium Musicæ de la communauté d’universités et d’établissements (COMUE) Sorbonne Universités, l’IreMus (Cnrs, Université Paris - Sorbonne), BnF, ministère de la Culture et de la Communication, l’Ircam - Centre Pompidou, l’université Paris - Sorbonne, l’équipe du laboratoire d’acoustique musicale (LAM) de l’Institut Jean le Rond d’Alembert (université Pierre et Marie Curie - Upmc) et le groupe spécialisé d’acoustique musicale (GSAM) de la Société française d’Acoustique (SFA), s’est tenu les 23 et 24 juin 2016 à la Cité de la musique - Philharmonie de Paris.

La médiathèque de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa#
Dans les coulisses de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa#
Le studio 1 de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa
Le studio 1 de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa#
Dans la chambre anéchoïque de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa#
La façade de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa
La façade de l’Ircam. Photo : © Ph. Barbosa#

Une année de création artistique riche en projets collaboratifs

L’Ircam a multiplié les expériences dans le domaine des spectacles vivants.

Sollicité par des artistes qui désirent intégrer la technologie à leur plateau, l’Ircam devient laboratoire et favorise l’expérimentation entre compositeurs, scénographes, dramaturges, chorégraphes, danseurs, comédiens et vidéastes.
De nombreux artistes ont ainsi rejoint ses studios pour bénéficier de ses savoir-faire dans les domaines de la technologie et du son, et faire aboutir des projets ambitieux qui ont représenté, cette année, près de la moitié des œuvres de l’institut en production.

Jérôme Combier (composition) et Pierre Nouvel (mise en scène et vidéo) nous invitaient à un spectacle à la fois sous la forme de concert et d’installation sonore et visuelle, Campo Santo - Impure histoire de fantômes, confiant à sa partie électronique un rôle central, notamment du point de vue dramaturgique ; Thierry De Mey offrait une étude du mouvement et une esthétique marquée par les concepts du povera dans SIMPLEXITY la beauté du geste ; Ludovic Lagarde sollicitait les technologies de transformation de la voix dans Providence d’Olivier Cadiot ; Guillaume Vincent composait les variations théâtrales de Songes et métamorphoses où le son et la musique d’Olivier Pasquet participaient à ce jeu des métamorphoses.

Pierre Boulez
1925 - 2016

Le 5 janvier 2016 disparaissait Pierre Boulez à Baden-Baden. Cette figure immense de la création, fondateur de l’Ircam, élément constitutif de l’interdisciplinarité du Centre Pompidou, aura marqué son temps et notre temps. Né en 1925, il est un fondateur au sens plein du terme, comme il en existe très peu par siècle. 

Fondateur d’un monde artistique qui a mobilisé depuis 1945 toute l’attention de ses contemporains, fondateur d’institutions comme le Domaine Musical, l’Ircam-Centre Pompidou et l’Ensemble intercontemporain, fondateur d’une nouvelle pratique musicale, d’un art de l’interprétation et de la transmission qu’il pratiquera dans le monde entier, du Collège de France à l’Académie de Lucerne.

Dans chacun de ses domaines, son énergie et sa passion ont été contagieuses, capables de déplacer des montagnes d’habitudes ou de traditions sclérosées.
Au cœur de son activité, la question de l’invention et de l’imaginaire fut toujours déterminante. C’est ce qui a présidé à la vision d’un lieu singulier réunissant artistes, ingénieurs et chercheurs travaillant au renouveau des langages musicaux en lien avec la révolution numérique. 

À la demande du Président George Pompidou, Pierre Boulez a fondé l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) qui ouvrait ses portes à l’automne 1977. Le meilleur portrait de l’œuvre considérable de Pierre Boulez, hantée par l’histoire et par « l’amnésie créatrice », se retrouve sans doute sous la plume de René Char, poète dont la rencontre fut déterminante pour le jeune compositeur : « Adoptés par l’ouvert, poncés jusqu’à l’invisible, nous étions une victoire qui ne prendra jamais fin. ».

Pierre Boulez. Photo : © J. RadelPierre Boulez. Photo : © J. Radel
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