Devant une œuvre de Danh Võ, 16:32 - 26.05.2009, 2009 © Centre Pompidou / Photo : Manuel Braun, 2016 © Danh Võ, courtesy galerie Chantal Crousel

3. PLURIDISCIPLINARITÉ ET PROSPECTIVE, UN CENTRE DE CRÉATION

La pluridisciplinarité bat au cœur de la mission du Centre Pompidou, qui présente une offre artistique irriguée par l’émergence et de la prospective. Portant toute son attention aux grands questionnements contemporains qui passionnent nos sociétés, il explore les formes innovantes de la performance, de la parole et du cinéma, des manifestations liant l’art à des questions de société. Le département du développement culturel porte une partie de cette ambition, en contrepoint et collaboration avec le musée national d’art moderne, l’Ircam et la Bpi. Ensemble, ces acteurs font résonner des propositions singulières, où se croisent de nouvelles approches.

 

#Une programmation de cinémas engagée

De la séance de projection au cycle, de la rétrospective jusqu’au festival, le cinéma est chaque jour présent au Centre Pompidou, en salles et au musée. Le Centre Pompidou accompagne toutes les formes de l’image en mouvement, même les plus expérimentales, de la production à la diffusion.

Les cycles, festivals et événements 

En tout début d’année, s’est tenue la 11e édition du festival Hors Pistes, autour des films coproduits (22 - 24 janvier, voir encadré) tout d’abord, puis autour de la thématique de la révolte (22 avril - 8 mai). Durant toute l’année, le Centre Pompidou a consacré à des cinéastes contemporains, aux écritures les plus singulières et novatrices, des rétrospectives intégrales retraçant toute leur filmographie mais aussi montrant des installations inédites et exposant leurs créations hors salle. Chaque invitation donnant lieu à la commande d’un autoportrait, avec lequel le cinéaste répond à la question « Où en êtes-vous ? ».
Le Lituanien Sharunas Bartas a retracé (5 février - 6 mars) un parcours commencé au tournant des années 1990, tandis que le bloc soviétique s’effondrait. Avec douze films, jusqu’à son autoportrait, son œuvre a suivi les failles creusées par ce séisme. Les films de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet constituent une des œuvres les plus radicales et érudites du 20e siècle. Parcourant l’Europe, puisant dans la littérature et la musique qu’ils ont su mettre en scène de façon inédite, le couple de cinéaste a bâti une filmographie incomparable, saluée dans le monde entier. Depuis la mort de Danièle Huillet, Jean-Marie Straub poursuit seul cet œuvre, dont l’intégralité a été projetée (51 films, 27 mai - 3 juillet) au Centre Pompidou.

Danièle Huillet et Jean-Marie Straub © Ekko Von Schwichow, Berlin, 3 mai 1990Danièle Huillet et Jean-Marie Straub © Ekko Von Schwichow, Berlin, 3 mai 1990
 
À l’occasion de la rétrospective de ses films (7 octobre - 6 novembre), le cinéaste iranien Jafar Panahi a réalisé un autoportrait pour la série « Où en êtes-vous ? » et exposé ses photographies (voir encadré). Avec ses dix-huit films courts et longs depuis la fin des années 1990, le Portugais João Pedro Rodrigues a réinvesti et transformé le cinéma de genre. Le Centre Pompidou l’a invité à présenter l’ensemble de ses créations et à faire son autoportrait. Pour la première fois en France, il a exposé une installation avec son collaborateur João Rui Guerra da Mata. Fidèle aux cinéastes qu’il a invités, le Centre Pompidou a aussi dévoilé au public, en avant-première, les nouveaux films de José Luis Guerin, Albert Serra, Wang Bing, Gianikian et Ricci Lucchi.

Où en êtes-vous Jafar Panahi ? 
Iran, 2016, 20’

À la demande du Centre Pompidou, dans le cadre de sa collection « Où en êtes-vous ? » initiée en 2014 avec Bertrand Bonello, le cinéaste iranien Jafar Panahi pose un regard introspectif sur lui-même, comme l’ont fait avant lui Tariq Teguia, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi ou encore Sharunas Bartas. Condamné par le régime iranien en 2010 à six ans de prison et à vingt ans d’interdiction de filmer et de sortie de territoire, Jafar Panahi n’a cessé de ruser pour réaliser ses trois derniers films clandestins : Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (2013) et Taxi Téhéran (2015). À l’instar du dernier, l’artiste est au volant de sa voiture aux côtés d’un jeune réalisateur iranien ; il emprunte la route sinueuse qui le mène au cimetière où est enterré son mentor, le cinéaste Abbas Kiarostami, disparu en juillet 2016, avec qui il a commencé sa carrière en 1995 et auquel le Centre Pompidou avait rendu hommage en 2007 - 2008. Ce chemin est l’occasion d’un échange avec son compagnon de route où il commente sa situation, livre son état d’esprit, revient sur sa carrière et le tournant qu’elle a pris depuis sa condamnation. Un témoignage inestimable qui dénonce une censure grandissante en Iran et qui symbolise la lutte menée par beaucoup de réalisateurs dans d’autres pays.

Jafar Panahi, extrait de Pardé, 2013. Photo : © Celluloid Dreams © Jafar PanahiJafar Panahi, extrait de Pardé, 2013. Photo : © Celluloid Dreams © Jafar Panahi

Des occasions pour le public d’assister au processus créatif, et parfois de faire l’expérience de la création. 

Un nouveau format
Hors Pistes Productions

Fidèle à sa matière première - l’image en mouvement - la manifestation Hors Pistes s’est déployée pour la première fois en deux temps : en janvier, elle s’est consacrée aux films produits ou coproduits ; en avril, elle a pris pour thème la contestation ou de l’art de la révolte. Miroir d’une création en train de s’inventer, Hors Pistes participe à la naissance d’œuvres originales créées pour la manifestation. Performances, conférences, tournages, installations, toutes ces commandes sont filmées en public. Par la suite, ces séquences deviennent un film ou s’inscrivent dans un projet de film nourri par d’autres tournages. C’est l’occasion pour le public d’assister au processus créatif, et parfois de faire l’expérience de la création. Louis Hervé et Chloé Maillet ont ainsi enregistré en public une partie de la bande son de leur film, accompagnée par l’ensemble vocal Camerai Sei. Un an après, leur film Spectacles sans objets nous montre ce projet, alliant discours politique, chant et chorégraphies. L’artiste Agnès de Cayeux a offert une expérience inédite : le tournage en direct de son film Une jeune femme vue du ciel, inspiré du scénario de science-fiction Un amour d’U.I.Q., de Félix Guattari. La salle avait alors ouvert son « espace aérien » à un drone muni d’un œil caméra. Pour cette première édition de Hors Pistes Productions, le temps d’un week-end, Joachim Olender, Dorothée Smith, Béatrice Plumet et d’autres ont présenté les films nés de ces moments en public.

Les rendez-vous

Le Film et le cinéma expérimental

Le Centre Pompidou organise tout au long de l’année des séances hebdomadaires proposant un aperçu de sa collection d’œuvres cinématographiques conservées au musée national d’art moderne (Graham Stevens, Teo Hernandez) et ses nouvelles acquisitions ouvertes à la création contemporaine (Martin Arnold, Xavier Veilhan). Il propose également des cycles en salle où ont été présentés, entre autres, Anselm Kiefer, Écoute voir (conçu en collaboration avec Philippe Langlois), Métacartoon, modernisme vulgaire (conçu avec Enrico Camporesi), Beat Generation et la deuxième édition de L’exposition d’un film (conçu avec Mathieu Copeland). En lien avec la programmation des expositions : Anselm Kiefer, image et entropie présentée à l’occasion de la rétrospective « Anselm Kiefer » ; Années 80 ! Post punk, en lien avec l’exposition « Les années 1980. L’insoutenable légèreté » présentée dans la Galerie de photographies ; Un art pauvre, l’invention d’un cinéma en lien avec « Un art pauvre » ; et Beat Generation, films, documents et performances, en complément de l’exposition « Beat Generation ». Des collaborations entre les départements de collection et d’autres pôles de programmation ont été mises en place comme L’exposition d’un film # 2 avec la Bibliothèque Kandinsky, tout comme la séance autour de l’artiste Alejandra Riera. 

Comme en 2015, la programmation a conçu le deuxième volet d’un projet d’exposition autour des archives et documents du cinéma expérimental dans le Forum-1 en collaboration avec la Bpi et son festival Cinéma du réel (mars 2016).

In Vivo et Link 

Ces deux cycles sont programmés depuis 2011 à partir de la collection. « In Vivo » est consacré aux pratiques performatives et invite un artiste à s’exprimer sur son travail et/ou à montrer une action. « Link », bâti autour des notions de filiation et d’héritage, invite deux artistes de générations différentes à confronter leurs processus de création à travers la parole et l’image. En 2016, « In Vivo » et « Link » ont fait intervenir Gerard Malanga, Vincent Labaume, Pierre et Gilles, Jonathan Monk et Gabriele de Santis.

Vidéo et Après

Le cycle « Vidéo et après » a reçu, en une douzaine de séances en 2016, de grandes figures historiques - Peter Campus, Armand Gatti - et des artistes appartenant à une génération plus jeune, parmi lesquels Lawrence Abu Hamdan, qui a exécuté une performance intitulée Contra Diction, Speech Against Itself. Le Centre Pompidou a également dédié une séance à Rosa Aiello, dont les œuvres sont récemment entrées dans les collections. L’œuvre de Florian Pugnaire, Agôn, coproduite avec le Centre Pompidou, a été montrée au public et le film fleuve d’Emmanuelle Demoris Mafrouza a fait l’objet d’une projection durant tout un week-end.

 

#DONNER LA PAROLE, DE LA CULTURE VISUELLE AUX GRANDS ENJEUX CONTEMPORAINS

La parole des artistes, créateurs, penseurs, critiques et chercheurs est au cœur des programmes du Centre Pompidou qui doit, aujourd’hui plus résolument encore, s'inscrire dans le mouvement des idées. Cette parole fait écho à la programmation du musée, aux expositions et aux manifestations du Centre Pompidou. Elle contribue à mettre en perspective les grands enjeux contemporains, les sujets qui passionnent le monde.

Le Centre Pompidou a proposé en 2016 plus de 70 rencontres, avec la complicité de plus de 130 invités.

Des artistes contemporains ont partagé leur motivations et inspirations : Dominique Gonzalez-Foerster, Anselm Kiefer, Gérard Fromanger, Haegue Yang ou Jean-Luc Moulène. En écho à la programmation des expositions, une série de rencontres et débats ont offert des contrepoints et des prolongements aux monographies, manifestations thématiques et pluridisciplinaires : à l’occasion de l’exposition « Wifredo Lam », de « Picasso. Sculptures » en collaboration avec le Musée Picasso, pour l’exposition « Paul Klee » avec un colloque conçu avec le Goethe Institut et le Centre allemand d’histoire de l’art, une journée dédiée à l’Arte Povera, et un colloque consacré à l’actualité de la recherche sur la Beat Generation. 

Jean-Yves Jouannais a poursuivi son œuvre au long cours, L’Encyclopédie des guerres, chantier littéraire qui s’élabore en direct, dix jeudis par an, dans la Petite salle du Centre Pompidou, au fil de conférences-performances. Carte blanche a été donnée à la revue américaine Cabinet avec un cycle de cinq séances, L’École de la mort, en écho à Montaigne, dans une démarche renouvelant les formes du discours.

Le Centre Pompidou a également souhaité donner plus de place aux grandes questions d’actualité et de société : il a invité pour une conférence de Gabriela Coleman sur le mouvement Anonymous (avec le festival Hors Pistes), des discussions sur la place de l’art public se sont tenues avec Nathalie Heinich ; Patrick Boucheron et Pierre Rosanvallon sont venus traiter de violence du terrorisme, Armen Avanessian et Lionel Ruffel ont débattus du post-contemporain.

Le Centre Pompidou a également rendu hommage à Robert Lebel, Hubert Damisch et à l’artiste français décédé cette année François Morellet. La Vladimir Potanin Foundation a permis, en écho à l’exposition « Kollektsia ! » montrée dans l’accrochage des collections contemporaines, d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de l’art soviétique et russe. Dans le domaine de l’architecture, un programme de rencontres a été lancé avec Les éditions B2 de Nikola Jankovic, avec la revue Criticat. À noter aussi deux colloques : « L’acoustique architecturale » en collaboration avec l’ENSA Paris-Malaquais et « Passés recomposés : Le Corbusier et l’architecture française 1929 - 1945 ». L’attention au design et au graphisme a fait l’objet de plusieurs rendez-vous Prospective.

Manifestations Art et société, une nouvelle équipe dédiée

En 2016, la création du service Manifestations Art et Société encourage la conception et coordination de projets transversaux au sein du Centre Pompidou et en lien avec les organismes associés, au croisement des arts plastiques, des idées, des questions de société, de l’image en mouvement et de la performance. Ce nouveau service portera notamment un nouveau festival, MOVE, qui mettra en scène en 2017 la rencontre entre la performance, l’image en mouvement et la danse. Il coordonnera aussi une nouvelle plateforme biennale Cosmopolis pour aborder les scènes artistiques internationales émergentes à travers une manifestation prospective.

 

#Vivre l'art sur scène, les formes prospectives de la représentation et de la performance 

Le Centre Pompidou renforce son positionnement à l’intersection des genres artistiques. Il réaffirme sa démarche résolument prospective en invitant des artistes dont l’engagement dépasse les frontières des expressions et formes préétablies.

35 propositions chorégraphiques, théâtrales, musicales et performatives ont été présentées au Centre Pompidou en 2016. 

La Grande salle du Centre Pompidou a, en effet, accueilli les figures de la scène française et internationale : Maguy Marin, Christian Rizzo, Gisèle Vienne, Emmanuelle Huynh…, et de plus jeunes artistes, en première ligne des nouvelles formes de recherche artistique : Bengolea/Chaignaud, Daniel Linehan, Koudlam, El Conde De Torrefiel. Avec le Festival d’automne à Paris, les projets ambitieux du Wooster Group, de Raimund Hoghe ou Robert Ashley/Matmos ont pu être produits et présentés en avant-première au Centre Pompidou.

Extraits du spectacle La posibilidad que desaparece frente el paisaje de la compagnie espagnole El Conde de Torrefiel © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse
Extraits du spectacle La posibilidad que desaparece frente el paisaje de la compagnie espagnole El Conde de Torrefiel © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse#
Extraits du spectacle La posibilidad que desaparece frente el paisaje de la compagnie espagnole El Conde de Torrefiel © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse
Extraits du spectacle La posibilidad que desaparece frente el paisaje de la compagnie espagnole El Conde de Torrefiel © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse#

Les artistes Jocelyn Cottencin et la 2b company ont choisi d’accueillir le public dans une installation scénique singulière en transformant le plateau, d’autres, comme Olivia Grandville et Bouchra Ouizguen ont préféré s’infiltrer dans le Forum du Centre Pompidou. Anne Collod a quitté le bâtiment pour s’emparer de l’espace public, avec son projet d’après Anna Halprin. 

Extraits du spectacle Presque Intégrale de la 2b company © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse#
Extraits du spectacle Presque Intégrale de la 2b company © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse#
Extraits du spectacle Presque Intégrale de la 2b company © Centre Pompidou / Photo : H. Véronèse#

Affiche du spectacle Le Cabaret Discrépant d’Olivia Grandville © Centre Pompidou / Photo : E. Carecchio

Affiche du spectacle Le Cabaret Discrépant d’Olivia Grandville © Centre Pompidou / Photo : E. Carecchio

Jouant un rôle incontestable dans la création actuelle, l’interdisciplinarité a encore produit de belles rencontres sur scène : celle de la chorégraphe taïwanaise I-Fang Lin et du musicien François Marry, celle de Myriam Gourfink et du compositeur Kasper Toeplitz.

La programmation transversale et pluridisciplinaire a apporté encore une dimension vivante et performative aux projets d’exposition du Centre Pompidou. Dans le cadre de la « Beat Generation », les Master Musicians Of Joujouka ont captivé la salle avec leur musique ancestrale. De même, un programme de performances a été organisé dans les espaces de l’exposition « Un art pauvre » avec Grand Magasin, Thomas Hauert ou de jeunes performeurs comme EW. 

La danse quitte la salle de spectacle pour investir les galeries d’exposition et l’espace public 

Des expositions dansées

La chorégraphie s’expose
Anne Teresa De Keersmaeker, Work / Travail / Arbeid (26 février - 6 mars)
Xavier le Roy, Temporary Title 2015 (15 - 18 septembre) 

Le Centre Pompidou a permis aux artistes chorégraphes de décloisonner leurs pratiques en quittant la salle de spectacle pour investir les galeries d’exposition.

Pour un projet de grande envergure, Anne Teresa De Keersmaeker a investi pendant neuf jours, avec quatorze danseurs et les musiciens de l’ensemble Ictus, la totalité de la Galerie 3 avec sa pièce Work/Travail/Arbeid qui repense le spectacle de danse comme une exposition. Présentée conjointement avec l’Opéra national de Paris, cette œuvre adapte une chorégraphie originale conçue pour la scène aux conditions temporelles, spatiales de l’environnement muséal. L’exposition a accueilli plus de 2 000 visiteurs par jour et a ensuite voyagé à la Tate Modern à Londres et au MoMA à New York.

Xavier Le Roy, dans la continuité de sa réflexion radicale sur l’espace, le mouvement et le corps, entamée avec Rétrospective en 2014, a transformé ce même espace pour une nouvelle exposition chorégraphique. Avec Temporary Title 2015, les visiteurs entraient et sortaient à leur gré, en intime proximité avec les danseurs/interprètes. Une communauté temporaire est formée dans l’espace muséal où le public assistait à l’expérience du processus et à ses transformations silencieuses.

Accueil